Comment Nextdoor, le réseau des voisins, a pris tout son sens pendant le confinement


« J’ai d’abord proposé six masques que j’avais fabriqué de manière spontanée sur Nextdoor, puis j’ai été submergée par les demandes. Au final, j’en ai confectionné 150 ! », raconte timidement Chrystele. Cette cadre en télé-travail et membre depuis un an du « réseau des voisins », à Lyon, a ressorti sa machine à coudre à l’occasion du confinement.
Au début, elle réserve ses masques aux personnes exposées de son quartier, « les boulangères, les policiers, les aide-soignantes. Mais rapidement j’en ai fait pour tous ceux qui en voulaient ».

Pour communiquer, elle pense tout de suite à Nextdoor qu’elle qualifie de nid à « bons tuyaux ». « Je voulais que ce soit local, accessible et pas impersonnel », explique la couturière du dimanche. 

« Un accélérateur de lien social »

Comme celui de Chrystele, 9 100 quartiers français sont aujourd’hui actifs sur Nextdoor. Lancé en France en février 2018, le réseau de voisinage permet de créer des groupes thématiques composés d’au moins 10 membres. Les échanges sur ses pages sont limitées aux membres du quartier, dont Nextdoor vérifie l’identité. Un gage de « sécurité », justifie la plate-forme. Par exemple, pour avoir accès aux groupes « Compost commun » ou « L’école à la maison » de Clignancourt Nord vous devez montrer que vous habitez bien dans cette zone du 18e arrondissement de Paris.

Les contenus peuvent néanmoins s’étendre aux districts contigus. Le périmètre restreint des interactions virtuelles sur Nextdoor répond à son ambition d’être un « accélérateur de lien social », explique Karim Bassiri à la tête de l’antenne française.
Selon lui, en temps normal, sept interactions sur dix qui ont débuté sur la plate-forme débouchent sur des « rencontres physiques ». 

+ 300 % d’inscriptions 

Si les rencontres physiques ont forcément ralenti pendant le confinement, l’activité sur le réseau s’est démultipliée. Les chiffres sont affolants : 300 % d’inscrits supplémentaires, 400 % de publications en plus, une augmentation de 800 % des commentaires.
La recherche de certains mots-clés a, elle aussi, explosé. « La recherche associée à “solidarité” a accru de 1 200 % et celle relative au “coronavirus” de 32 000 % ! », se félicite Karim Bassiri qui ne semble toujours pas en revenir. Preuve que les Français confinés ont entendu le message suggéré par le président de la République lors de l’annonce du confinement général : « vous pourrez créer de nouvelles solidarités entre voisins ».

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« Depuis trente ans, on constate une érosion des relations de voisinage », analyse Karim Bassiri. Selon une étude IFOP, en janvier 2018, 17 % des Français ne connaissaient pas le prénom de leurs voisins. La plate-forme veut pallier cette dégradation. 
Fondée en 2010 à San Francisco, la société profite de l’essor des services de mise en relation comme Uber, Airbnb ou même Tinder. Mais, les ambitions et les moyens ne sont pas comparables. Au total, Nextdoor emploient un peu plus de 400 employés dans le monde, et seulement 5 en France.
« Une entreprise à taille humaine », résume le responsable de la filiale française. Le réseau fonctionne grâce aux levées de fonds successives qui s’élevaient en septembre 2019, à 170 millions de dollars. Un modèle économique garanti sans publicités. 

De « jolies rencontres »

Pendant le confinement, le « hobbie » de Chrystele se transforme vite en activité chronophage. Elle se dote d’un carnet de commandes pour optimiser son rendement « d’environ 5 masques par heure », elle fait le tri dans ses « vieilles taies d’oreiller » pour trouver du tissus, tente comme elle peut « d’accorder les couleurs des fils »… Dès qu’elle en manque, elle fait appel aux internautes. « J’ai toujours distribué les masques gratuitement, mais quand je manquais de quelque chose j’en parlais sur la page du quartier », se souvient Chrystele. 

Un « réflexe Nextdoor » qu’elle applique à tout. Au bout de quelques masques, sa machine la lâche. Elle poste directement un message sur le réseau, et hop, des voisins de son immeuble également inscrits sur Nextdoor, lui descendent une autre machine à coudre. Une des « jolies rencontres » que Chrystele a pu faire pendant le confinement et avec qui elle veut garder contact.

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Une carte interactive de la solidarité

L’initiative spontanée de Chrystele est l’illustration parfaite de la mobilisation de Nextdoor en « mode confiné ». Il leur fallait répondre à deux problématiques : comment demander de l’aide et comment rendre service ? Un peu prise au dépourvu, la petite équipe de Nextdoor a mis un peu de temps à s’organiser.

« D’une part, nous avons d’abord diffuser des messages d’incitation à l’entraide, puis nous avons créé une carte interactive des solidarités et aussi rédigé un guide des bonnes pratiques pour nos membres », détaille Karim Bassiri.
« D’autre part, nous avons fait des partenariats avec de petits commerçants locaux pour qu’ils puissent faire savoir s’ils étaient encore ouverts, s’ils livraient ou faisaient des cartes cadeaux mais aussi avec de plus gros acteurs comme Bleu blanc ruche par exemple. » 

« Une boîte à outils » 

Ayant eu vent de la « vague de solidarité » créée sur Nextdoor, l’entreprise de miel française d’Arnaud Montebourg, qui base sa vente sur le porte-à-porte via un réseau d’ambassadeurs, a collaboré avec la plate-forme pour que la vente à domicile continue… entre voisins. Résultat : les ventes n’ont pas donné grand chose, mais « cela a eu un impact sur la visibilité » des ambassadeurs « autour de chez eux ». Une opération réussie, se félicite l’équipe de communication de Bleu Blanc Ruche qui va continuer à utiliser la plate-forme. 

« Nous nous avons des idées mais nos membres en ont des millions ! » La particularité de Nextdoor réside aussi dans le fait que l’équipe française est proche des membres. En deux ans, hors contexte exceptionnel de pandémie, une cinquantaine d’évènements ont été organisés pour rencontrer les membres de la communauté.
C’est ainsi dans un café, que Karim Bassiri, CEO de Nextdoor a rencontré Daniel, ex-informaticien et membre fondateur de la page de Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne). 

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« Voisins isolés en permanence »

Une fois à la retraite, Daniel s’aperçoit qu’il a des voisins qu’il ne connaît pas. Séduit par la promesse de Nextdoor « seul réseau à vérifier systématiquement l’identité de ses membres, à sécuriser les échanges et surtout sans pubs », il lance un des premiers groupes français.

Deux ans plus tard, Daniel est plutôt fier de son succès : « On a commencé à une dizaine de personnes, on est maintenant 250 ! Le nombre de membres a explosé pendant le confinement », rapporte Daniel.

Les posts sont très variés : du « j’ai perdu mon chat » à l’élaboration et la distribution d’un flyer pour les « VIP » du quartier, les « Voisins isolés en permanence », en passant par la création d’un jeu de devinette interactif spécial confinement à base d’images capturées sur Google maps. 

Si Daniel se dit « satisfait » de l’outil, il fait part régulièrement de ses pistes d’amélioration du site à l’équipe Nextdoor. Par exemple la simplification de l’interface ou encore la possibilité de voir le nombre de vues par publications. Karim Bassiri lui rétorque qu’avec une équipe aussi restreinte et des moyens techniques dépendants des États-Unis, leur marge de manoeuvre est faible. Même pour le « service client », Nextdoor se montre accessible… en bon voisin. 





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