L’incroyable mobilisation des makers pour fournir du matériel de protection aux soignants

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Face à la pénurie de matériel médical, des particuliers ont pris l’initiative de fabriquer eux-même de quoi protéger les soignants. Armée d’imprimantes 3D ou de machines à coudre, la communauté des makers s’est montrée particulièrement productive depuis les débuts de la crise. « Pour le moment, nous comptabilisons 250 000 visières distribuées mais je pense que nous pourrions atteindre le million la semaine prochaine », témoigne Simon Laurent, le président du Réseau Français des Fablabs (RFFLabs).

Atelier de fabrication de visières chez Volumes. 500 unités sont fabriquées en cinq heures avec six personnes.

A côté des visières, ce sont aussi des dizaines de milliers de masques, attaches de masques, blouses, sur-blouses, valves, embouts pour les respirateurs et même respirateurs ou pousse-seringues qui ont été livrés gratuitement. Les bénéficiaires ? Des hôpitaux, des Ephad, des cliniques, du personnel soignant libéral, des pharmaciens, l’Armée du salut, des agents municipaux, des laboratoires pharmaceutiques et même des commerçants et employés de supermarchés.

Des initiatives individuelles au départ

RFFLabs recense environ 300 lieux de fabrication ouverts en France qui peuvent prendre différentes formes, mais désignés par commodité sous le terme de Fablabs. La plupart du temps associatifs, ils draineraient plusieurs dizaines de milliers d’adhérents en villes et dans les territoires ruraux. C’est une communauté foisonnante, peu centralisée et très ancrée localement. Fédérés autour de ces structures de taille diverse, les makers se sont révélés extrêmement agiles et réactifs pour fournir du matériel de protection sanitaire dans l’urgence, en attendant que les industriels prennent le relais.

A partir du 13 mars, les appels aux dons de masques de la part des Agences régionales de santé et des CHU se sont multipliés. C’est également à ce moment que les adaptations du masque de snorkeling Decathlon ou que le modèle open source de visière Fold du designer Aruna Ratnayake ont été partagés en ligne depuis des pays frappés de plein fouet par la pandémie, comme l’Italie. Les premiers makers français se sont alors mis au travail individuellement et spontanément, avant même que ne commence le confinement dans notre pays, le 17 mars. Ils ont défriché le terrain et créé ensuite des groupes Facebook comme Makers contre le Covid de Yann Marchal, ou Visières solidaires d’Anthony Seddiki. Le youtubeur Monsieur Bidouille a créé un groupe sur la messagerie Discord, la youtubeuse Heliox déployé une plate-forme de mise en relation baptisée Covid3D.fr.

Une initiative OpenCovid19 a également été lancée sur le site Jogl du laboratoire Just One Giant Lab pour faire de la recherche participative et résoudre des défis techniques. Ces leaders ont alors été rejoints par des milliers d’autres volontaires enthousiastes durant la première semaine de confinement. Plus tard, d’autres sites émergeront, comme Fabricommuns.org.

Les Fablabs apportent leur logistique

Les Fablabs ont apporté leur soutien logistique et organisationnel durant la deuxième semaine de confinement. « Nous sommes d’abord intervenus en rapport avec les autorités régionales, de manière à faire rouvrir les lieux de fabrication et à obtenir l’autorisation de circuler pour les makers », détaille Simon Laurent de RFFLabs. « Nous avons ensuite essayé de coordonner le stockage et les tournées de livraison. Il a fallu également préconiser des règles d’hygiène et des méthodes de fabrication », ajoute-t-il. Certains makers continuent de fabriquer chez eux, d’autres se rendent dans les Fablabs en petit nombre et se relaient pour éviter les rassemblements.

Le chargement des livraisons chez Carton Plein à Paris.

A Paris, ce sont 25 lieux qui se sont mis en branle sous l’impulsion de Michael Arroyo, fab manager au Fab lab Volumes. Un collectif a été créé sous le nom de Makers x Covid Paris, réunissant notamment FabCity Grand Paris, Volumes, WoMa, Mon atelier en ville, Ars Longa, la Tréso, le SimplonLab, Homemakers, la Ressourcerie La Mine ou encore le Fablab La Verrière. Certains makers ont carrément transformé leur domicile en véritable micro usine et se mettent à produire de façon intensive, jour et nuit.

Les makers ont besoin d’argent et de matériel

Il y a bien des dons d’entreprises, mais l’essentiel des matières premières doit être acquis par les makers sur leurs deniers personnels. « Nous avons acheté les matières premières en faisant des avances de trésorerie, en lançant des cagnottes et en étant soutenus financièrement par la mairie de Paris. Mais aujourd’hui, nous touchons à la fin de nos stocks », nous explique Minh Man Nguyen, cofondateur de WoMa et président de FabCity Grand Paris. Pour cette raison, certains Fablabs se retrouvent aujourd’hui en difficultés financières en France. Le réseau national espère un geste de soutien des régions.

Impossible de produire du matériel certifié en raison des conditions de production et de distribution. « Malgré toutes les précautions prises (port du masque, gants, respect des distances), nous ne pouvons pas garantir que ce que nous produisons soient parfaitement décontaminé. Les personnels soignants nettoient et décontaminent donc systématiquement ce que nous leur livrons  avant d’utiliser le matériel », précise encore Minh Man Nguyen.

L’autre difficulté a été de trouver des modèles open source validés techniquement par les autorités. Le ministère de la Santé s’est refusé à le faire. Ces équipements ne peuvent donc être considérés officiellement comme du matériel médical. Les makers continuent toutefois d’améliorer leurs prototypes grâce aux retours du personnel soignant, en passant par les CHU.

Première livraison à l'Hôtel Dieu à Paris.

Une force de production distribuée

Malgré l’éclatement des initiatives, la communauté est parvenue localement à se répartir efficacement les commandes. « C’est une belle surprise. Nous ne pensions pas être capable de fédérer une communauté aussi hétérogène. Mais nous avons aussi prouvé qu’une relocalisation des lieux de production était possible en France avec des milliers de micro-usines réparties dans tout le pays », s’enthousiasme Simon Laurent.  « Nous avons besoin de nous réapproprier la fabrication pour des raisons environnementales, sanitaires mais aussi d’indépendance sur la production et le contrôle de celle-ci, afin qu’elle soit plus circulaire, plus locale », renchérit Min Man Nguyen.

Une nouvelle page s’ouvre donc peut-être pour les Fablabs. Leur image était essentiellement associée jusque-là au prototypage, à la réparation ou à la fabrication de petits volumes. Les makers viennent de prouver qu’ils pouvaient créer tous ensemble une chaîne de production distribuée incroyablement efficace. Leur mobilisation devrait maintenant bénéficier à d’autres populations hors de France, là où les systèmes de santé sont particulièrement vulnérables. Des discussions sont en cours pour aider des makers à s’équiper d’imprimantes 3D en Afrique, par exemple.

Sources : Jogl, Visière Solidaire, MakerscovidParis, Covid3D, Makers contre le Covid, Réseau français des Fablabs



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