qui peut rester à la maison pour télétravailler ?



« Dis, toi, tu télétravailles ? » Depuis hier, c’est la question sur toutes les lèvres. Avec un air d’école buissonnière ou le sérieux d’un gardien de prison, les travailleurs français vont massivement travailler à distance à partir de lundi 17 mars. Dans tous les pays d’Europe, la propagation planétaire du SARS-CoV-2 paralyse l’activité économique. Alors, est-ce que l’épidémie consacrera-t-elle (enfin) le grand soir du télétravail en France, où la culture du présentéisme est si prégnante ?

Un emploi sur trois « télétravaillable »

D’après la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, « à peu près un emploi sur trois peut être en télétravail ». « Tout ce qui peut se faire en télétravail doit être fait en télétravail », a expliqué la ministre au micro de Franceinfo au lendemain de l’annonce présidentielle. A défaut, le gouvernement a confirmé la mise en place d’un « arrêt maladie » spécifique pour s’occuper des enfants de moins de 16 ans, pendant au moins 20 jours et sans délai de carence. Muriel Pénicaud a assuré que le dispositif sera en place « le temps qu’il faut ». À situation exceptionnelle, moyen exceptionnel. 

Travailler à distance est resté jusqu’à présent une pratique confidentielle. Selon les chiffres les plus récents de l’institut statistique du ministère du Travail, la Dares, seuls 3% des salariés français déclarent télétravailler de manière régulière, c’est-à-dire au moins un jour par semaine. Auxquels s’ajoutent 4,2% « occasionnels ». Résultat : 92,8% des Français se rendent tous les jours au bureau –hors cas exceptionnel de pandémie.

« En France, le télétravail n’a pas décollé, depuis sa première évocation dans un texte officiel en 1993, à cause d’une triple absence technologique, juridique et organisationnelle », explique Caroline Diard, enseignante chercheuse spécialisée sur les nouvelles formes de travail à l’EDC Paris Business School. « Mais, aujourd’hui, les trois facteurs sont réunis. Les managers sont beaucoup plus ouverts à ces pratiques. »

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Un réveil tardif 

En décembre 2019, le contexte de forte mobilisation sociale avait cassé les derniers verrous du télétravail. Les entreprises qui n’avaient pas fait la démarche de le proposer à leurs salariés, comme le prévoit le code du Travail depuis 2017, ont dû s’adapter au contexte de grève générale. Aujourd’hui, la situation de crise sanitaire en rajoute une couche. Pour la chercheuse, c’est la preuve qu’il faut prévoir le télétravail pour qu’il soit bénéfique à la fois pour l’entreprise et pour l’employé.

« Chez moi, je travaille plus longtemps car je suis plus concentrée et au calme. Y a personne pour me déranger. Je peux travailler plus parfois et en même temps lancer une machine ! », témoigne Meissa Allali, cadre de 27 ans, dans le laboratoire pharmaceutique GFK, qui propose un jour de télétravail hebdomadaire.

Si le télétravail a le vent en poupe, par essence, il ne peut pas concerner tout le monde. Comme le montre la Dares, ce sont majoritairement les cadres qui télétravaillent. Et d’autant plus s’ils travaillent dans un secteur commercial ou technique. La monoparentalité est également une caractéristique de ces nouveaux employés. S’ajoute à ce profil type la situation géographique : près de 10 % des salariés vivant à Paris pratiquent le télétravail au moins un jour par semaine, 6 % de ceux vivant en petite couronne et près de 5 % en grande couronne. Le télé-travailleur est visiblement cadre, urbain et relativement jeune.

Outre la disparité territoriale, le télétravail marque les différences générationnelles dans une entreprise. Selon les travaux de Caroline Duard, les premiers obstacles au télétravail sont l’équipement et la maîtrise dudit équipement. Les plus âgés et les plus modestes restent les moins susceptibles de télétravailler. 

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Le télétravail recouvre également de risques psycho-sociaux qu’il ne faut pas ignorer. « Le salarié développe une pratique d’auto-contrôle pour montrer qu’il est bon élève et digne de confiance. L’étude révèle ainsi que le jour hebdomadaire de télétravail c’est souvent le plus productif de la semaine », analyse la chercheuse. Contrairement aux clichés, travailler à distance est plutôt synonyme de travailler plus. En parallèle, elle insiste sur le fait que le télétravail doit rester partiel pour prévenir les risques d’isolement des travailleurs. La solution selon elle ? « Le temps. Plus on télétravaille, moins on se sent coupables, plus on est légitimes… même sur son canapé ».





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