Géolocaliser son enfant, une pratique rassurante ou étouffante ?



Faits divers tragiques et enlèvements sont autant d’événements qui forgent l’atmosphère anxiogène dans laquelle nous vivons. Trackers GPS, montres connectées, gadgets… Faut-il pour autant suivre nos enfants à la trace ? L’analyse de Rachida Raynaud, psychologue.

“L’espace public n’est aujourd’hui plus autant considéré comme un lieu de liberté où les enfants peuvent se sentir en sécurité. On ne considère plus l’extérieur comme auparavant“, explique Rachida Raynaud, psychologue. D’où la tentation pour certains parents de toujours garder un œil sur leur enfant au moyen d’un tracker GPS sur smartphone, d’une montre connectée ou même d’un gadget dédié. “Ces outils donnent un semblant de contrôle sur cette réalité angoissante, elles renforcent le parent dans son besoin et sentiment de sécurité, de protection“, observe la psychologue. Une pratique certes rassurante sur le papier, mais qui doit être questionnée. Car si la société évolue, ce qui ne change pas, c’est le besoin d’émancipation, de liberté et de confiance (qu’on leur accorde et qu’ils doivent avoir en eux) indispensable dans le développement des enfants. 

Obtenir le consentement de l’enfant, un préalable indispensable !

Il y a plusieurs cas de figure : l’enfant très angoissé et qui est tout à fait d’accord pour être géolocalisé, celui qui est neutre face à cette question et enfin, les enfants qui ne le savent pas et sont surveillés à leur insu. Quand on décide de géolocaliser son enfant, il est pourtant indispensable d’avoir son consentement. Les modalités de cette “surveillance” doivent absolument être discutées avec lui. “Il faut lui expliquer pourquoi on le fait. Si on est d’accord des deux côtés, on peut par exemple fixer certaines limites et décider avec l’enfant des moments où il devra activer le système, par exemple s’il se perd ou se sent en danger“, recommande la psychologue. Cette dernière nuance toutefois la possibilité d’un tel fonctionnement. “L’enfant a besoin de transgresser, et il peut être illusoire de penser qu’il va l’activer lorsque nous voudrons qu’il le fasse.”, ajoute-t-elle. 

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Géolocaliser son enfant : pourquoi c’est une fausse bonne idée ?

Ces applications sont en fait une fausse bonne idée. “Derrière l’aspect sécuritaire pour l’enfant et le parent, cela renvoie symboliquement à l’enfant le message suivant : tu dois toujours être sous mon regard, tu ne peux pas te sentir en sécurité à l’extérieur, tu n’as pas droit à ton espace de liberté, je ne peux pas te faire confiance“, explique la psychologue. La question de géolocaliser ou non son enfant se pose généralement à l’entrée au collège, lorsque l’enfant grandit, commence à avoir des déplacements autonomes et donc à prendre des décisions par lui-même. Le géolocaliser apparaît comme un bon moyen de savoir où se trouve l’enfant et donc de se rassurer. “Il faut trouver un juste milieu entre lui donner accès à cette autonomie, et faire en sorte qu’il respecte les limites et sache se protéger.“, observe Rachida Raynaud.

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Une pratique étouffante pour l’enfant ?

Le ressenti pour l’enfant peut être étouffant, il n’a pas de marge de manœuvre ni de liberté. Comment pourrait-il alors prendre confiance en lui ? “S’il se trouve dans une situation dangereuse, ou se perd, c’est une application qui lui donne une solution, mais ne va pas le mettre en situation de trouver une solution lui-même”, précise également la spécialiste qui ne recommande pas ce type de pratique. L’enfant a le sentiment d’être en permanence sous le regard, la surveillance, le contrôle de ses parents analyse la psychologue. “Géolocaliser son enfant est rassurant en surface, mais on ne met pas l’enfant en capacité de s’émanciper, de se débrouiller, mais aussi de respecter la confiance qu’on lui a accordée”, ajoute-t-elle. 

Géolocaliser son enfant : dans quels cas cela peut-il se justifier ?

Dans certains cas, la géolocalisation peut éventuellement se justifier. “Par exemple, chez les jeunes enfants (avant le CE2) qui sont dans l’obligation de faire seul le trajet école/maison. Des enfants qui sont en situation d’autonomie très tôt alors qu’ils ne sont pas en capacité de l’être, explique Rachida Raynaud. Parfois, les parents n’ont pas d’autre choix, notamment les familles monoparentales, parce qu’ils partent très tôt au travail, n’ont pas de mode de garde. Dans ce cas-là, la géolocalisation peut être sécurisante pour l’enfant et les parents.

Il arrive également (même si c’est plus rare) que des enfants plus grands soient demandeurs. Mais là encore, l’inquiétude et l’anxiété que suppose une telle demande de la part d’un ado de 12 ou 13 ans doivent être interrogées. La psychologue insiste sur l’importance de l’éducation et de la prévention. “Il ne faut pas faire du monde extérieur un danger, mais il faut informer l’enfant, lui faire comprendre que ces dangers existent et surtout lui expliquer comment identifier les situations à risque, comment se protéger, donner l’alerte et quelle attitude adopter en cas de problème. En étant dans cette éducation, cette prévention, on renvoie l’enfant à sa propre capacité d’action. Avec l’accès à la liberté vient aussi la prise de conscience des limites et dangers potentiels”, observe-t-elle. 

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Merci à Rachida Raynaud, Psychologue Enfant-Adolescent-Parentalité.



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