Comment les satellites d’Elon Musk sont devenus le cauchemar des astronomes



Un phénomène encore jamais vu est apparu dans le ciel en fin d’année dernière. Plusieurs points lumineux se suivant sont devenus visibles à la nuit tombée. Depuis la Terre, il était habituel d’observer à l’œil nu le passage d’un avion, d’une étoile filante ou d’un satellite. Mais ce nouveau type de vol en configuration n’est pas passé inaperçu, alimentant même des rumeurs d’ OVNIS. Il était même possible d’en observer depuis le sol français en fin de week-end dernier.

Il s’agit en fait de satellites de la constellation Starlink appartenant à la société Space X. Cela n’a évidemment pas échappé aux astronomes, étonnés par cette nouvelle pollution visuelle. Comme Nicolas Biver, chargé de recherche CNRS à l’Observatoire de Paris. Il a filmé à plusieurs reprises l’apparition des satellites Starlink. Il nous autorise ici à publier l’une de ses vidéos.

« Le phénomène est transitoire et apparaît au crépuscule, en début ou en fin de nuit. Le reste du temps, ces satellites se retrouvent dans l’ombre de la Terre. S’ils sont si lumineux, cela est probablement dû à leur forme et à leur position. Ce sont surtout leurs panneaux solaires qui réfléchissent la lumière du soleil », nous explique-t-il.

Elon Musk concerné

L’albédo des satellites de Starlink, c’est-à-dire le pouvoir réfléchissant de leur surface, a surpris tout le monde. A commencer par Elon Musk qui s’en est ému sur Twitter et a promis que ses équipes se pencheraient sur le problème.  

Space X prend la chose au sérieux. Nous n’avons pas eu à insister pour obtenir un commentaire de la société à ce sujet. Son discours commence à être rodé. Une fois lancés et déployés, les satellites voguent vers leur orbite durant environ quatre mois. Ils vont ainsi passer de 290 à 550 km d’altitude et évoluer de façon regroupée avec une configuration spéciale de leurs panneaux solaires. Tous ces éléments concourent à les rendre plus visibles depuis le sol. Une fois en orbite, leur orientation va changer et Space X promet qu’ils seront moins lumineux. La société a tout de même tenté de réduire la luminosité de l’un des satellites lors du dernier lancement. « Nous testons un traitement expérimental d’assombrissement », nous a confirmé un porte-parole.

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Vers la saturation du ciel étoilé

Des pétitions commencent à circuler parmi la communauté des chercheurs et des astronomes amateurs en France comme aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, la mobilisation est forte.
Patrick Seitzer, professeur à l’Université du Michigan et membre de la Société américaine d’astronomie, est l’une des références sur le sujet.

« Il va falloir attendre la fin du mois de février pour observer dans son orbite finale le seul satellite qui a été modifié pour devenir plus sombre », nous explique-t-il. Mais il ne cache pas son inquiétude. « On peut distinguer environ 600 à 700 objets à l’œil nu la nuit aujourd’hui et environ 200 en même temps. Le problème, c’est que ces nouveaux satellites pourraient être 99% fois plus brillants. Et que la constellation Starlink va compter 1584 satellites d’ici fin 2020. Cela devrait multiplier par 9 la population d’objets visibles », détaille-t-il.

Nous verrons donc peut-être d’ici fin 2020 autant de satellites que d’étoiles dans le ciel. Et encore, Starlink parle d’envoyer 42 000 satellites en orbite au total ! Notre voûte céleste pourrait se retrouver complètement saturée. Des simulations alarmantes circulent déjà sur YouTube.

Tout cela sans compter les autres constellations géantes comme OneWeb (1980 satellites à 1200 km) et Kuiper d’Amazon (3236 satellites à 600 km). Pour le moment, ceux de OneWeb ne sont pas visibles, ce qui est probablement dû à leur plus grand éloignement et à leur design. Mais nous n’avons pas obtenu de détail à ce sujet. Toutes les équipes de OneWeb étaient mobilisées sur un gros lancement.
Le site The Verge a tout de même réussi à obtenir un commentaire cette semaine d’Adrian Steckel, le directeur général de OneWeb. Il a déclaré travailler étroitement avec la Société américaine d’astronomie et la Société royale d’astronomie (Royaume-Uni). Il a également affirmé que ses satellites ne seraient pas visibles à l’oeil nu mais uniquement au télescope. Ses équipes travaillent à minimiser l’impact de la constellation.

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Des observations perturbées

Quelles sont les conséquences de cette situation ? « Pour le moment, il y a plus de curiosité que de gêne. Mais cette pollution visible, ces signaux parasites, vont augmenter avec le nombre de satellites et risquent de perturber l’observation de certains phénomènes au télescope », nous indique Nicolas Biver. « Avec ces milliers d’étoiles, allons-nous également perdre nos repères ? Cela va-t-il troubler la faune ? », s’interroge-t-il.

Que peut-on faire pour lutter contre ce phénomène ? Pas grand-chose, si l’on en croit Christophe Bonnal, expert au CNES (Centre national d’études spatiales) et président de la Commission sur les débris spatiaux de l’Académie internationale d’astronautique. L’espace, c’est un peu le Far West. Il y a très peu de réglementation au niveau international.

« On peut lancer ce que l’on veut dans le ciel. Seuls les satellites de communication doivent demander une autorisation au pays dont ils dépendent. Et pour émettre sur une bande de fréquences, ils doivent aussi soumettre une demande à l’ITU [Union internationale des télécommunications, NDLR], afin d’éviter les interférences », nous précise-t-il. « Mais la pollution lumineuse n’est absolument pas réglementée pour la simple et bonne raison que personne n’avait anticipé qu’il puisse y avoir un jour autant de satellites », complète-t-il.

Sans être classé par l’UNESCO, on peut considérer que ciel nocturne fait partie du patrimoine de l’humanité. Il n’appartient à personne et à tout le monde, en quelque sorte. Le fait que des sociétés privées puissent le modifier à ce point pose donc question.
Par ailleurs, des efforts ont été fournis ces dernières années pour réduire localement la pollution lumineuse d’origine terrestre et constituer des réserves de ciel étoilé, comme dans le Parc national des Cévennes, par exemple. Un résultat encourageant qui serait amoindri si des acteurs comme Space X continuaient à ajouter des signaux parasites dans le ciel.

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