« J’ai parfois le sentiment de donner mon physique en pâture »

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Dans « Petite Leçon d’Amour », d’Eve Deboise, Laetitia Dosch devient un mannequin seins reconverti en dog-sitter et s’embarque dans une enquête rocambolesque pour retrouver l’admiratrice secrète d’un prof. Ce méli-mélo barré entre comédie, romance et road-trip s’avère un terrain de jeu idéal pour cette artiste multiforme débordante d’envies, de doutes et de nuances. Interview.

« J’aime me balader dans des univers de réalisateurs forts« , lance Laetitia Dosch, à l’affiche de Petite Leçon d’Amour d’Eve Deboise. La comédienne de Jeune Femme et Nos Batailles a l’habitude de promener sa charmante fantaisie dans des tableaux éclectiques, souvent salués pour leur audace. Celle qui s’apprête à réaliser son premier film incarne là Julie, mannequin seins las de n’être qu’un corps, ayant trouvé réconfort auprès des chiens. Cette rêveuse un peu paumée se sent investie d’une mission en découvrant la lettre d’amour passionnée d’une adolescente à son prof de math. Julie mettra la main sur la lycéenne avant qu’elle ne se suicide… et trouvera peut-être au passage un sens à sa vie. Sur la toile de cette comédie romantique avec Pierre Deladonchamps, l’actrice appose son décalage humoristique sans rogner sur sa poésie. Rencontre avec une artiste spontanée, peu frileuse à l’idée de se remettre en question pour trouver des réponses.

Qu’est-ce qui vous a convaincue de jouer dans Petite Leçon d’amour ?
Laetitia Dosch
 : Le fait que Julie soit mannequin seins m’a fait délirer. J’ai trouvé ça très drôle, d’autant plus que je n’ai pas de poitrine et qu’il a fallu m’en mettre une fausse. C’est marrant d’imaginer un modèle qui ne supporte plus son corps, ni d’être objectivée et qui préfère s’occuper des chiens. J’ai aussi aimé le propos sur les gens qui se rapprochent des animaux pour s’éloigner des humains. J’y ai vu une détresse qui m’a tentée.

Au moment où l’on rencontre ces personnages, ils sont à un moment flottant de leur vie…
Laetitia Dosch
 : Dans ce sens, Petite Leçon d’Amour ressemble beaucoup à des comédies des années 90 que j’adore. Je pense aux films de Noémie Lvovsky ou de Pierre Salvadori, dans lesquelles des gens un peu perdus deviennent des héros. Ici, c’est aussi une histoire d’amour. J’aime comment Julie et Pierre forment une équipe pour arriver à leurs fins. On se pose beaucoup de questions sur le succès en ce moment. Qu’est-ce qu’on réussit, qu’est-ce qu’on rate ? Ces personnages parviennent à se trouver.

Comment décrivez-vous votre complicité avec Pierre Deladonchamps ?
Laetitia Dosch
 : Avant de commencer les scènes, on se demandait qui allait faire clown blanc, qui allait faire clown rouge. On s’est nourris mutuellement, comme pour une mélodie. Nous étions comme un duo entre une clarinette et un hautbois, avec cet équilibre à recréer tout le temps.

Pierre Deladonchamps et Laetitia Dosch dans « Petite Leçon d’Amour » © Blue Monday

Julie a l’intime conviction qu’elle doit aller au bout de son enquête. Vous l’écoutez, vous, votre petite voix intérieure ?
Laetitia Dosch
 : Oui, très fort. Ça me prend surtout face à des situations d’injustice fortes, comme si je ne pouvais pas ne pas réagir. Je laisse passer beaucoup de situations, mais je suis souvent prise d’un sentiment du devoir à accomplir puissant. Au quotidien, on croise tellement de choses compliquées… on éprouve parfois le besoin de ne pas intervenir, et parfois celui d’agir. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû, peut-être est-ce une question de moment ? Je cherche encore ma place sur ces questions. Même en interview, je m’interroge sur ce que je peux dire au sujet de la politique, de l’écologie, de ces thématiques qui peuvent nous tenir très à cœur.

Ressentez-vous une responsabilité quand vous acceptez certains projets ?
Laetitia Dosch
 : Oui, mais différemment d’une responsabilité politique. En tant que comédiens, nous sommes là pour raconter une histoire afin que les gens repartent avec quelque chose. J’y crois fort parce que le cinéma m’a éduquée à des endroits où ma famille ne l’a pas fait. Ça m’a permis de grandir. Pour revenir aux interviews, on nous fait parfois parler de sujets qui n’ont pas tout à fait à voir avec le film. Est-ce une bonne chose de s’exprimer dessus ? A l’opposé, faire semblant de ne pas avoir d’avis quand on en a, ce n’est pas forcément bon pour soi. On peut saisir l’occasion de faire réfléchir le public sur des problématiques qui nous semblent importantes, sans être tranchant pour autant.

Petite Leçon d’amour est une comédie romantique. Qu’est-ce qui vous fait rire dans la vie ?
Laetitia Dosch
 : Beaucoup de choses ! J’observe énormément les gens dans la rue et je rigole face aux personnes qui se débattent face aux soucis quotidiens. Celles qui s’engueulent au téléphone alors qu’elles sont en train de faire de leurs courses me font franchement rire. A l’écran, je suis bon public. Je rêve de découvrir Rabbi Jacob, que je n’ai jamais vu !

« Je demande aux chefs opérateurs s’ils peuvent éclairer les rides du front des femmes afin qu’elles soient aussi belles que celles des hommes dans les western »

Pour justifier son ras-le-bol du mannequinat, Julie dit cette phrase géniale : « J’en avais marre qu’on me coupe la tête. » En tant qu’actrice, avez-vous déjà eu l’impression d’être dépossédée de votre corps ?
Laetitia Dosch
 : Pas dépossédée de mon corps, mais scrutée. J’ai parfois le sentiment de donner mon physique en pâture. Ce n’est pas naturel de se voir projetée en très grand. Vous voyez des choses de vous que vous ne voyez pas dans la vie. D’autant plus qu’en tant que femme et actrice, on doit répondre à des codes de beauté. On nous demande de rentrer dans des cases.

Vous sentez-vous scrutée par la caméra ou par le système ?
Laetitia Dosch
 : Par la caméra. J’aime qu’on scrute mon jeu, pas mon physique. Je ne me trouve pas moche, mais ça ne me met pas à l’aise pour autant. En vieillissant, les signes du temps apparaissent et au cinéma, on les gomme beaucoup. Les actrices, même jeunes, n’ont plus de ride au front. Comment ça se fait ? Je ne connais pas, dans la vie, de femmes au front totalement lisse. Cela crée une pression grandissante quand on avance en âge. Ces normes ne nous sont pas imposées, elles sont comme ingurgitées. Je n’avais pas ces soucis avant. Il faut être très forte pour ne pas se laisser posséder et rester dans sa ligne.

Comment parvenez-vous à maintenir cette ligne ?
Laetitia Dosch
 : Je fais deux choses. Pour chacun de mes tournages, je demande aux chefs opérateurs s’ils peuvent éclairer les rides du front des femmes afin qu’elles soient aussi belles que celles des hommes dans les western. Je suis convaincue qu’on devrait en faire quelque chose, que les rides doivent devenir intéressantes. C’est très difficile parce que ce n’est pas ancré dans les mentalités. En même temps, je suis ambiguë parce que je demande aussi à faire attention à certains axes pour filmer mon visage. J’aimerais me libérer de ça. Je crois d’ailleurs que les actrices qui optent pour la chirurgie esthétique essaient de s’affranchir de ces injonctions. Les moments de transition sont les plus compliqués. Je n’ai pas été connue très jeune, mais celles dont c’est le cas connaissent des moments charnières au moment de la transition entre l’image d’une jeunesse vulnérable et celle d’une femme affirmée. A 25-30 ans ou encore autour de 45 ans, il est important de se construire. Continuer à écrire me permet de rester concentrée sur ce que j’ai envie de raconter. Au moment où je suis filmée, je me rappelle que je suis là pour transmettre une histoire et ça me donne de la force.

Laetitia Dosch dans « Petite Leçon d’Amour » © Blue Monday

Qu’est-ce qui prime dans vos choix de rôles ?
Laetitia Dosch
 : Il peut y avoir des coups de foudre, un besoin d’exprimer quelque chose comme une évidence. Parfois, la relation avec la réalisatrice, le réalisateur ou les autres acteurs prend le dessus. Parfois, c’est (en chuchotant) que j’ai besoin de sous. Cela dépend des moments, de la confiance en soi, des propositions que l’on reçoit, de l’endroit de notre vie où l’on se trouve. J’aimerais bien n’accepter que des projets où je peux mettre du cœur. J’ai remarqué qu’on le paye quand ce n’est pas le cas.

« Plus j’avance sur mon féminisme et moins je trouve de rôles de femmes faciles à jouer »

Y a-t-il des rôles dans lesquels on ne vous verra jamais ?
Laetitia Dosch
 : Un personnage féminin constamment en train de surveiller un personnage masculin. Ça, c’est impossible pour moi, mais je n’en reçois pas trop, je crois qu’ils ont pigé! Plus j’avance sur mon féminisme et moins je trouve de rôles de femmes faciles à jouer. J’ai toujours un petit blocage sur le papier. C’est en parlant avec le réalisateur ou la réalisatrice que je comprends où je vais pouvoir ajouter de l’ambiguïté et être plus à l’aise.

Si votre vie était un film, à quoi ressemblerait-il ?
Laetitia Dosch 
: J’aimerais bien confier la réalisation à Kelly Reichardt (First CowWendy et Lucy). Ce serait un film qui raconterait comment on se lie aux autres, comment on trouve sa place. Il se déroulerait en partie en ville, en partie ailleurs. Il y aurait des moments drôles, crus, avec beaucoup de plans longs et des panoramas.

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